Retour sur la 13e édition de l’École d’été du Laboratoire de cyberjustice

Du 8 au 13 juin 2026, le Laboratoire de cyberjustice de l’Université de Montréal a tenu la treizième édition de son École d’été, consacrée aux multiples facettes de la cyberjustice. Pendant une semaine, professeur·e·s, chercheur·euse·s et praticien·ne·s se sont succédé pour explorer comment les technologies numériques transforment l’accès à la justice, la conduite des instances et la protection des droits fondamentaux. Les textes qui suivent proposent un résumé de chacune des onze séances de la formation.

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Introduction à la cyberjustice

Conférencier
Karim BENYEKHLEF est professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal depuis 1989. Il est détaché au Centre de recherche en droit public depuis 1990 et en a assuré la direction de 2006 à 2014. Il a assuré la direction du Regroupement stratégique Droit, changements et gouvernance, regroupant une cinquantaine de chercheurs, de 2006 à 2014. Il fut aussi directeur scientifique du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) de 2009 à 2012. Il assure actuellement la direction du Laboratoire de cyberjustice, qu’il a fondé en 2010. Le Laboratoire de cyberjustice a obtenu en 2015 le Prix Mérite Innovation du Barreau du Québec. Il est titulaire de la Chaire de recherche LexUM en information juridique depuis octobre 2014. Il est membre du Conseil scientifique et du Conseil d’orientation du Cérium. Il a reçu en 2016 la distinction Advocatus Emeritus (Avocat émérite) du Barreau du Québec.
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif de poser les bases conceptuelles de la cyberjustice en situant cette notion dans le contexte plus large des maux qui affligent le système judiciaire actuel — coûts élevés, délais excessifs et complexité croissante des procédures, illustrés par l’affaire Robinson et par l’arrêt Jordan, qui a imposé des délais stricts en matière criminelle. La cyberjustice y est présentée non pas comme la simple tenue d’audiences par vidéoconférence, mais comme l’intégration des technologies numériques dans l’ensemble de l’instruction et des procédures judiciaires, incluant la gestion de l’information et la mise en réseau des acteurs de la chaîne judiciaire. Le Laboratoire de cyberjustice, pionnier en la matière depuis les années 1990 avec des plateformes comme CyberTribunal, eResolution et ECODIR, a servi d’exemple pour illustrer cette évolution.

La séance a également permis d’introduire un principe structurant pour toute la formation : la technologie n’est jamais neutre, le code agissant comme un véritable système de régulation, à l’image de certaines architectures physiques conçues pour restreindre l’accès de populations données. Le passage au numérique oblige par ailleurs à repenser les rituels judiciaires en cherchant des équivalences fonctionnelles, tandis que l’intégration de l’intelligence artificielle et des données massives soulève des enjeux critiques — biais algorithmiques, digital labor invisible, couverture partielle du web par les moteurs de recherche — et que la souveraineté des données se trouve fragilisée par des lois étrangères comme le Cloud Act américain.

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Table-ronde sur la souveraineté informationnelle

Intervenants
Modérateur : Karim BENYEKHLEF
Pierre TRUDEL est professeur émérite au Centre de recherche en droit public (CRDP) de la Faculté de droit de l’Université de Montréal et membre de la Société royale du Canada. Membre du Barreau du Québec depuis 1977, il est un spécialiste reconnu du droit de l’information et du cyberespace, qu’il a enseigné pendant plus de 40 ans. Il a notamment été titulaire de la Chaire L.R. Wilson sur le droit des technologies de l’information et du commerce électronique (2003–2015) et a contribué à plusieurs initiatives publiques d’envergure, dont la révision des lois fédérales sur la radiodiffusion et les télécommunications. Auteur prolifique, ses travaux portent sur les médias, la vie privée, les technologies numériques et la gouvernance des environnements en réseau.
Benjamin LEHAIRE est professeur titulaire en droit des affaires à l’Université TÉLUQ depuis 2014. Titulaire d’un doctorat en droit privé de l’Université Laval, réalisé en cotutelle avec l’Université de La Rochelle, il se spécialise en droit de l’entreprise, notamment en matière de sociétés de personnes, de marques de commerce, de clauses de non-concurrence et d’articulation avec le droit des obligations. Sa thèse sur les actions indemnitaires des victimes de cartels a été primée (Prix Minerve et prix de l’Association québécoise de droit comparé). Auteur de plusieurs ouvrages, dont un livre sur la concurrence déloyale et, plus récemment, L’innovation hors-la-loi (2022), nommé au prix Montesquieu, il s’intéresse aussi aux enjeux théoriques et philosophiques du droit à l’ère du numérique. Lauréat du prix Louise Dandurand (2021), ses travaux sont cités par les tribunaux. Très engagé dans la vie universitaire, il a notamment été directeur de l’École des sciences de l’administration et membre du conseil d’administration de l’Université.
Mathieu GAUTHIER-PILOTE est un informaticien, consultant et militant québécois œuvrant à l’intersection du logiciel libre et de la souveraineté numérique. Président du conseil d’administration de FACiL, pour l’appropriation collective de l’informatique libre, il s’engage depuis de nombreuses années à promouvoir l’adoption de technologies libres, ouvertes et contrôlées démocratiquement par les citoyen·ne·s. Sous sa présidence, FACiL intervient activement dans le débat public sur les enjeux de dépendance technologique du Québec envers des géants étrangers soumis à des juridictions extraterritoriales.
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif d’explorer, sous la forme d’une table ronde, les différentes dimensions de la souveraineté informationnelle et la capacité des États et des sociétés à maîtriser leur environnement numérique. Les intervenants ont d’abord rappelé que la souveraineté ne se limite pas aux données, mais englobe aussi les infrastructures, les logiciels et le matériel informatique, et qu’une souveraineté totale demeure illusoire même pour les grandes puissances, compte tenu de l’interdépendance technologique mondiale. La discussion a ainsi porté sur la nécessité de penser la souveraineté en réseau plutôt que de façon isolée, en collaboration avec d’autres États.

Les échanges ont également mis en lumière les limites du cadre réglementaire actuel, notamment au Canada, ainsi que l’illusion de sécurité que peut procurer le recours au cloud, dont l’infrastructure bien réelle demeure soumise à des juridictions étrangères comme celle du Cloud Act américain. La notion de « technonormativité » — soit l’imposition de règles par la technologie elle-même en l’absence d’intervention étatique — a été abordée pour expliquer la nécessité de cadres juridiques capables de rééquilibrer ces dynamiques. Les panélistes ont finalement plaidé pour des approches collectives et une meilleure coordination internationale, tout en soulignant que la contrainte réglementaire peut, à certaines conditions, stimuler l’innovation plutôt que la freiner.

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Perspectives sur le règlement en ligne des différends (ODR)

Conférencier
Avocat et expert en cyberjustice, Valentin CALLIPEL est chargé de mission du Laboratoire de cyberjustice de l’Université de Montréal et chargé de cours pour le cours Responsabilité civile Internet, cybersécurité, vie privée et propriété intellectuelle à Polytechnique Montréal.

M. Callipel possède plus de 10 ans d’expérience en cyberjustice. Il a supervisé plusieurs projets de transformation numérique pour des organisations publiques et privées et divers tribunaux et a conseillé de nombreuses organisations et professionnels dans les domaines du règlement en ligne des conflits, de l’intelligence artificielle et du droit des technologies. Depuis 2018, M. Callipel dirige un projet de recherche sur les « Outils de décision pré-conflit : Orienter les plaideurs et les défendeurs » financé par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH).
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif d’examiner comment les technologies peuvent contribuer à rendre le règlement des différends plus rapide, plus accessible et mieux adapté aux réalités contemporaines, en partant du constat des difficultés d’accès à la justice au Canada : délais, perception d’une justice réservée aux plus privilégiés et recours insuffisant aux modes amiables. Plusieurs leviers d’amélioration ont été présentés, dont la prévention des différends, la participation accrue du justiciable et la numérisation des procédures.

Le règlement en ligne des différends (ODR), né dans les années 1990 dans le contexte des litiges de faible montant liés au commerce électronique, a ensuite été défini comme le recours aux technologies pour accompagner ou remplacer certaines étapes du règlement d’un litige — information juridique, négociation, médiation, conciliation, voire arbitrage. Des exemples concrets, tels que Cybertribunal, eResolution, Ecodir, eBay et la plateforme québéco-ontarienne PARLe, ont permis d’illustrer comment l’ODR peut améliorer le sentiment d’accès à la justice et réduire les délais, tout en soulevant des enjeux importants quant à la neutralité technologique et à l’influence de la conception des plateformes sur l’issue des conflits.

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Le droit d’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle générative

Conférencière
Maryam AKHLAGHI est doctorante en droit à l’Université de Montréal, spécialisée en droit de la propriété intellectuelle et auxiliaire de recherche au Laboratoire de cyberjustice. Elle occupe également le poste d’auxiliaire d’enseignement pour le cours de droit de la propriété intellectuelle. Elle est titulaire d’un Master I en droit international public de l’Université Paris II Panthéon-Assas ainsi que d’un Master II en droit des nouvelles technologies de l’Université Paris Nanterre.

Ses centres d’intérêt et de recherche portent sur les enjeux contemporains du droit d’auteur face aux évolutions technologiques et sur les interactions entre droit et technologies émergentes, notamment en matière de propriété intellectuelle.
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif d’examiner les principaux défis que pose l’intelligence artificielle générative aux cadres juridiques actuels du droit d’auteur. Après un retour sur les fondements du droit d’auteur — approches utilitariste et personnaliste, notions d’auteur, d’originalité et de distinction entre l’idée et l’expression — la séance a exploré la question de l’entraînement des modèles d’IA à partir d’œuvres protégées, à travers les approches actuellement débattues que sont le fair use américain et le régime européen de fouille de textes et de données, ainsi que les enjeux de transparence, de consentement et de rémunération des créateurs.

La discussion s’est ensuite portée sur les distinctions entre plagiat, violation du droit d’auteur et inspiration, la notion de « plagiat algorithmique » servant à illustrer les défis propres à l’automatisation de la création. Enfin, la question de l’identité de l’auteur d’une œuvre générée par l’IA et les pistes de réforme envisagées dans plusieurs juridictions ont été discutées, ouvrant sur une réflexion plus large quant aux transformations que l’intelligence artificielle pourrait entraîner dans notre conception de la création et de la place de l’humain dans le processus créatif.

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La gestion de la preuve électronique en contexte litigieux

Conférencier
Me Alexandre GÉLINAS agit à titre de Directeur de la preuve électronique au sein du cabinet Woods. Il joue un rôle clé dans les dossiers de litige complexes, notamment en matière d’investigation numérique (eDiscovery) et de gestion documentaire, où le volume de documents et de données est particulièrement élevé. S’appuyant sur une expertise hautement spécialisée, il conseille les avocats et collabore étroitement avec l’équipe de parajuristes afin de concevoir des solutions sur mesure.
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif de familiariser les étudiant·e·s avec les cadres de référence et les méthodologies propres à la gestion de la preuve électronique, au premier rang desquels figurent le modèle EDRM (Electronic Discovery Reference Model), qui cartographie le cycle de vie de la donnée depuis sa gouvernance jusqu’à sa présentation en cour, et les Principes de Sedona, qui rappellent que l’information numérique obéit aux mêmes règles d’admissibilité que le papier tout en exigeant des approches proactives inédites.

La séance a permis d’aborder un large éventail de concepts stratégiques et techniques, dont le principe de proportionnalité entre les efforts technologiques déployés et la valeur du litige, les obligations de préservation et les avis de gel documentaire, ainsi que l’importance des protocoles d’instance pour s’entendre sur les formats de collecte. Des notions techniques telles que les valeurs de hachage, les métadonnées, la déduplication, la révision assistée par la technologie (TAR) et le caviardage dynamique ont également été présentées, démontrant comment la technologie s’impose désormais comme un outil indispensable pour satisfaire les obligations légales entourant la preuve électronique.

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L’arrestation assistée par l’intelligence artificielle

Conférencier
Gabriel LEFEBVRE est chercheur postdoctoral à l’Université de Montréal. Ses recherches, financées par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, portent sur l’assistance algorithmique en droit criminel. Depuis 2021, il se spécialise dans ce domaine, ce qui l’a amené à devenir consultant sur le Projet Infrared du MILA — Institut québécois d’intelligence artificielle, et à produire le rapport du Canada sur l’IA et le droit pénal, déposé auprès de l’Association Internationale de Droit pénal.
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif d’analyser la déconnexion entre la détection algorithmique du crime et les exigences du droit criminel canadien en matière d’arrestation. Les outils d’IA, souvent conçus par des ingénieurs sans expertise juridique, reposent sur des probabilités statistiques pour détecter des comportements suspects, alors que le droit exige une probabilité juridique fondée sur des motifs raisonnables de croire qu’une infraction précise a été commise — une inadéquation illustrée notamment par la difficulté des algorithmes à distinguer un discours toxique d’un discours haineux au sens juridique.

Cette déconnexion entraîne des risques pratiques concrets : surcharge de travail liée à la vérification manuelle des détections non pertinentes, risque de poursuites pour enquête négligente en cas d’arrestation fondée sur une détection erronée, et « effet tunnel » pouvant occulter d’autres comportements criminels non couverts par l’algorithme. La séance a conclu qu’il est dans l’intérêt des forces de l’ordre d’utiliser des outils conçus selon les critères légaux canadiens, l’utilité de l’IA en matière de répression dépendant directement de sa capacité à se conformer aux définitions juridiques applicables.

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La protection des données personnelles en Amérique du Nord

Conférencier
Simon DU PERRON est un avocat spécialisé dans le droit de la vie privée et le droit des technologies. Il conseille des organisations sur des questions de conformité telles que la gouvernance de l’IA, la cartographie des données, les analyses d’impact sur la vie privée, le marketing numérique et les solutions biométriques. Il est l’auteur d’un ouvrage consacré au droit de la vie privée, au big data et à l’intelligence artificielle. Il a aidé des organisations à se conformer au projet de loi 64 et à mettre en place des systèmes biométriques. Il publie régulièrement des articles sur des sujets tels que l’IA, les politiques de confidentialité, la portabilité des données et la protection des données de santé au Québec.
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif de dresser un panorama comparatif des approches nord-américaines en matière de protection des données personnelles, en partant d’un survol de l’évolution de la pensée juridique face aux technologies — de la position d’Easterbrook, favorable au droit commun, à celle de Lessig, qui insiste sur la nécessité de légiférer, jusqu’à la critique de Solove quant aux limites du consentement individuel. Au Canada, la protection des renseignements personnels repose sur un double fondement constitutionnel et législatif, formant un système hybride, territorial et sectoriel, tandis que le Québec se distingue par un régime plus protecteur, renforcé par la Loi 25 qui s’inspire du RGPD.

Aux États-Unis, l’absence de loi fédérale générale se traduit par un système fragmenté et incohérent, la Californie et le Colorado faisant figure de précurseurs. L’affaire Clearview AI et l’enquête récente sur OpenAI ont permis d’illustrer les tensions structurelles entre les exigences juridiques de consentement, de finalité et d’exactitude et le fonctionnement des modèles d’intelligence artificielle, la séance se concluant sur trois trajectoires possibles pour l’avenir de l’encadrement des données servant à l’entraînement des IA : le recours à une base légale alternative au consentement, l’interdiction préalable inspirée de l’AI Act européen, ou le méta-consentement automatisé par agents d’IA.

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Cyberjustice, IA et vie privée : perspectives européennes

Conférencière
Rosario DUASO CALÉS est professeure et coordonnatrice académique du programme de Master en Protection des données, Transparence et accès à l’information de l’Université San Pablo-CEU, Madrid, Espagne et chercheuse associée au partenariat AJC.
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif d’analyser les tensions entre l’ouverture des données judiciaires et la protection de la vie privée, dans le contexte de la transformation numérique du système judiciaire européen. Alors que la publication en ligne des décisions de justice améliore l’accès à l’information et ouvre la voie à des outils d’aide à la décision, cette « mémoire totale » d’Internet expose durablement les personnes concernées à des données sensibles, d’où l’importance de l’anonymisation, de la pseudonymisation et du droit à l’effacement, ainsi que du principe de finalité qui limite la réutilisation des décisions publiées.

La séance a également insisté sur la nécessité de préserver le rôle central du juge : si l’intelligence artificielle peut soutenir la recherche juridique et l’organisation du travail judiciaire, la décision finale doit demeurer une activité humaine, seule à même de garantir la transparence, l’équité et la motivation exigées par la légitimité de la justice. Le cadre européen — RGPD et règlement sur l’IA (AI Act), fondé sur une approche par les risques — a servi de point d’appui pour montrer comment concilier innovation technologique et protection des droits fondamentaux.

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Réalité virtuelle — Potentialités et limites pour la cyberjustice

Conférencier
Professeur en Informatique à l’Université de Strasbourg, Antonio CAPOBIANCO est spécialiste d’Interaction Homme-Machine, Interaction 3D et Réalité Virtuelle. Il s’intéresse particulièrement à l’impact des environnements immersifs sur la cognition et le comportement des utilisateurs et aux usages potentiels de cette technologie en santé mentale.
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif d’évaluer, de façon critique, les potentialités et les limites de la réalité virtuelle pour le domaine judiciaire, à partir de la distinction entre l’immersion — la couverture sensorielle offerte par le dispositif technique — et la présence, soit le sentiment subjectif d’être véritablement impliqué dans le monde virtuel. La séance a montré que la perception humaine relève d’une construction cognitive, et que l’intégration multisensorielle propre à la réalité virtuelle peut générer un puissant sentiment d’incarnation, capable de modifier le comportement réel de l’utilisateur, tout en se heurtant à des limites physiologiques telles que le mal du simulateur et la perception faussée des distances.

Malgré ces limites, la réalité virtuelle démontre une utilité certaine dans les phases préparatoires et pédagogiques de la cyberjustice, notamment pour former les étudiant·e·s à la plaidoirie ou préparer des témoins au stress d’une salle d’audience. Le conférencier a toutefois exprimé de vives réserves quant à son utilisation dans de véritables procédures contentieuses, en particulier pour la reconstitution de scènes de crime, ces reconstitutions demeurant des scénarios modélisés manuellement qui imposent des points de vue orientés et risquent d’influencer indûment un jury, ce qui rend leur valeur en criminalistique hautement contestable.

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Simulation de procès

Conférencier
Nicolas VERMEYS, LL.D. (Université de Montréal), LL.M. (Université de Montréal), CISSP, est professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, directeur du Centre de recherche en droit public et directeur adjoint du Laboratoire de Cyberjustice. Me Vermeys s’intéresse particulièrement aux questions juridiques liées à l’intelligence artificielle, à la sécurité de l’information, aux développements en matière de cyberjustice et, plus généralement, aux incidences des innovations technologiques sur le droit, thèmes sur lesquels il est régulièrement invité à intervenir auprès des médias et dans le cadre de conférences prononcées pour les juges, avocats, regroupements professionnels et organismes gouvernementaux au Canada et à l’étranger.
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif de mettre en pratique, à travers un procès simulé, les bénéfices mais aussi les défis de l’intégration des technologies immersives dans le déroulement d’une instance judiciaire. Les étudiant·e·s ont participé à un faux procès inspiré d’un litige relatif à un accident de travail porté devant le Tribunal administratif du travail, en y jouant le rôle des parties et des témoins. La simulation intégrait notamment le logiciel ISA (Interface de salle d’audience), un outil développé par le Laboratoire de cyberjustice pour faciliter l’usage des technologies en salle d’audience, que ce soit pour la présentation de la preuve, l’accès au greffe électronique ou le partage d’annotations en temps réel.

L’audience s’est tenue en présentiel, mais a intégré ponctuellement des environnements virtuels immersifs pour permettre, par exemple, la visite du lieu de l’accident, alliant ainsi la solennité judiciaire traditionnelle aux outils technologiques de pointe.

Nicolas Vermeys, qui tenait le rôle du juge, a régulièrement interrompu le déroulement du procès afin de questionner les étudiant·e·s sur la façon dont la technologie influence la conduite d’une instance et les perceptions de ses différents acteurs. À la suite de la simulation, il a également présenté les résultats de ses recherches sur les tribunaux virtuels.

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Understanding Artificial Intelligence and Law (séance en anglais)

Conférencier
Jinzhe TAN est doctorant en Intelligence Artificielle et Droit à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Ses recherches explorent l’intersection entre l’intelligence artificielle et le droit, avec un accent particulier sur l’amélioration de l’accessibilité au droit et la promotion du règlement des litiges assisté par la technologie. Son travail examine également comment l’intelligence artificielle peut contribuer à atténuer les insuffisances du processus décisionnel judiciaire, favorisant ainsi un système de justice plus équitable et cohérent. Il a publié ses recherches dans des conférences de premier plan en intelligence artificielle et en informatique juridique, notamment l’ICAIL et le JURIX. Ses travaux couvrent plusieurs dimensions de l’application de l’IA au droit, allant de l’utilisation des grands modèles de langage pour structurer les connaissances juridiques à l’emploi de l’IA pour la résolution des litiges et la compréhension du droit par les non-juristes.
Résumé de la séance

Cette séance avait pour objectif d’initier les étudiant·e·s à la façon dont l’intelligence artificielle transforme le domaine juridique, en partant des concepts de base de l’apprentissage automatique et des réseaux de neurones jusqu’à leurs applications avancées en matière d’information juridique et de règlement des différends. Elle a permis d’examiner comment les grands modèles de langage interprètent et génèrent du contenu juridique, et de présenter des outils spécialisés développés en contexte de recherche, tels que JusticeBot et LLMediator, capables d’interpréter des cas, d’identifier les lois pertinentes et d’orienter les usagers vers des recours potentiels.

Des démonstrations pratiques ont permis aux étudiant·e·s de mieux comprendre le fonctionnement concret de ces outils. Au-delà des occasions d’amélioration de l’efficacité qu’offre l’intelligence artificielle, la séance a également abordé les enjeux qu’elle soulève, notamment les biais algorithmiques, l’équité, la transparence et la reddition de comptes, dans l’optique d’outiller les étudiant·e·s pour évaluer et déployer de façon responsable les solutions d’IA émergentes en droit.

Ce contenu a été mis à jour le 14 juillet 2026 à 15 h 22 min.